• "Flash Info"

    >> La Fédération des CSFC est signataire de la charte pour l'accès de tous aux compétences clés, aux côtés du réseau des APP, du CMA, des MIFE, de CCI France et du COPANEF.

    >> Tandis que l'Université d'Hiver de la Formation Professionnelle s'interrogeait sur comment mettre la compétence au coeur des réformes en cour et prendre en compte tant la digitalisation de la formation que les formations en situation de travail (dossier à venir sur ce Blog), FRANCE STRATEGIE publiait un important Rapport « Situations de travail, compétences transversales et mobilité entre les métiers » (dont la synthèse est à télécharger ICI) qui éclaire beaucoup d'aspects auxquels sont attachés les « accompagnateurs de compétences » que nous sommes.

Transformations des entreprises et développement des compétences : les manques de la Réforme

Entretien accordé par Jacques Faubert, Président de la Fédération des CSFC, à Benjamin d’Alguerre, pour “News Tank RH” le 06/03/2018

Benjamin d’Alguerre : En tant que président d’une organisation syndicale, comment avez-vous perçu la négociation formation et l’ANI qui en découle ?

Jacques Faubert : Le contenu de l’accord est plutôt positif, notamment les avancées imaginées par les partenaires sociaux sur le CPF, le CEP ou la préservation du congé de formation sous la forme d’un « CPF de transition ».
Notre souci, c’est qu’au-delà de ces éléments positifs, la problématique du développement des compétences n’est quasiment pas évoquée dans l’ANI alors que le document de cadrage du ministère annonçait que ce sujet devait figurer dans la négociation.
Les partenaires sociaux ont passé beaucoup de temps sur la gouvernance et la tuyauterie financière du système de formation, mais nettement pas assez sur ce sujet fondamental qu’est l’obsolescence des compétences des salariés ainsi que les mesures à mettre en place pour y répondre. Il n’a pas non plus été question dans la négociation des manières d’accompagner les managers dans le processus de transformation des entreprises. Ce sujet a été renvoyé à l’initiative privée. Il est dommage, par exemple, que le travail mené par les partenaires sociaux sur l’articulation entre les observatoires de branches et des régions n’ait pas été poussé jusque à imaginer des pistes de réflexion autour de la mutation des entreprises et des manières d’accompagner ceux qui seront en charge de la mener.
Bref, l’ANI négocié par les partenaires sociaux s’est orienté vers l’intégration des chômeurs dans l’emploi – et c’est une très bonne chose – mais beaucoup moins sur le développement des compétences des salariés.

Benjamin d’Alguerre : Au vu des conclusions de l’ANI, comment jugez-vous les annonces de la ministre du Travail du 05/03/2018 ?

Jacques Faubert : Elles ne nous ont pas surpris. Le ministère avait annoncé la couleur dès le départ dans son document d’orientation transmis aux partenaires sociaux et Muriel Pénicaud s’était montrée très claire sur les finalités de la réforme durant son allocution à Biarritz dans le cadre de l’Université d’hiver de la formation professionnelle, en janvier dernier. Les orientations de la réforme étaient connues.
Les critiques de la ministre du Travail à propos de la lourdeur et de l’inefficacité du système de formation actuel ne sont pas étonnantes non plus. Il est d’autant plus regrettable que la question de la simplification dudit système n’ait pas été intégré dans les sujets abordés par la négociation.

Benjamin d’Alguerre : Jugez-vous cette réforme satisfaisante ou décevante ?

Jacques Faubert : Ce n’est clairement pas le « big bang » promis. Il y a des choses intéressantes dans les annonces de Muriel Pénicaud, notamment le fléchage d’une partie des fonds mutualisés de la formation vers les entreprises de moins de 50 salariés et le PIC pour les demandeurs d’emploi et les jeunes, mais quid des autres ? Que deviennent les salariés dans l’histoire ? Leur cas n’est pas assez mis en avant. Peut-être cela changera-t-il durant le processus parlementaire.
La question des fonds de la formation, désormais collectés par les Urssaf et gérés par la Caisse des dépôts, agite le landerneau. Le Gouvernement s’en prend à l’intermédiation. Dès lors, quel sera l’avenir des Opca alors que l’Etat a choisi de se passer de cet intermédiaire pour assurer la gestion de la collecte ? Comment les faire évoluer vers leur nouveau rôle de prestataires de conseil en accompagnement des compétences ? Comment va se traduire cette simplification annoncée pour eux ? On peut imaginer que cela suscitera une certaine casse sociale en interne. Agefos-PME
et Opcalia, les deux « interpros » ont déjà mis en œuvre des plans sociaux pour s’adapter à la réforme de 2014. On peut s’attendre à ce qu’il y en ait d’autres, surtout si des rapprochements « par filières » sont mis en œuvre comme le souhaite la ministre. Les CFI pourraient d’ailleurs aider les Opca à préparer cette transition.

Benjamin d’Alguerre : La monétisation du CPF vous satisfait-elle ?

Jacques Faubert : Ce sujet exige une vision d’ensemble. N’oublions pas que le CPF est partie intégrante du CPA avec le CEC et le C2P. Or, dans cette architecture, le CPF était alimenté en heures, le CEC en euros et le C2P en points. La lisibilité du système n’était pas évidente et le choix d’une seule unité de mesure cohérente n’est donc pas illogique. La décision du Gouvernement de créditer le CPF en euros est libéral (c’est un constat, pas un jugement de valeur) : la régulation se fera par le marché et par le choix des personnes. Le bénéficiaire du CPF qui se retrouvera placé face à deux offres présentant un résultat attendu et un nombre d’heures comparables choisira la moins chère, à résultats équivalents. La question n’est donc pas le prix, mais la lisibilité de l’offre de formation. Le véritable enjeu pour que le système tienne la route reste l’accompagnement. Cette question dépasse la seule amélioration du CEP. L’offre d’accompagnement doit se développer et pas uniquement via les seuls réseaux dédiés (Fongecif, Pôle Emploi, APEC, Cap Emploi, Missions locales) : le besoin est général, la réponse doit être généralisée. D’autres acteurs doivent être mobilisés. Mais les entreprises doivent aussi pouvoir être accompagnée dans leur choix de formation pour leurs salariés. Pour les CFI, c’est une perspective de marché.

Benjamin d’Alguerre : Selon vous, que manque-t-il à la réforme annoncée ?

Jacques Faubert : L’aide à la transformation des entreprises et au développement des compétences de leurs salariés : voilà l’élément manquant de la réforme. Cette question dépasse d’ailleurs le seul ministère du Travail. Celui de l’Economie doit aussi s’impliquer sur cette question qui touche à la compétitivité des entreprises. Ces problématiques seront d’ailleurs au cœur de notre colloque du 12/04/2018.

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